Bosnie herzégovine
 

le froid était mordant dans la tour de verre et d' acier qui nous servait de base à Sarajevo, la journée s' était déroulée sans incident majeur, comme d'habitude , nous avions franchi le no mans land entre Stup et le Centre de Sarajevo à 80km/h pour essayer d' échapper aux tires de snipers. A cette vitesse il est assez difficile de cadrer une cible avec une lunette de visée. Le jour tombait donc ce 6 Janvier 1993 et Carolina(notre interprète,)et moi, faisions chauffer une boite de cassoulet directement sur le camping gaz...Nous communiquions en anglais et notre discussion portait sur l'après guerre : qu' allions nous faire lorsque ce bourbier serait terminé ? Carolina me disait son espoir de retourner en Fac , perfectionner son anglais ( déjà bien pourtant ) et moi , je lui disais que je reprendrai ma vie de routier international. Comme dans toute conversation , il y eut un " blanc" et ...c'est alors que nous entendîmes les obus de mortiers qui tombaient dru autour de nous, nous étions si habitués à cela que nous les avions totalement ignoré jusque là! Nous nous sommes regardés et chacun d'entre nous à compris que l'avenir était une notion très aléatoire dans ces conditions. Ce 6 Janvier 1993, les militaires Serbes avaient juré de brûler Sarajevo comme trophée pour le nouvel an orthodoxe. Il "pleuvait" 1200 obus de mortiers à l' heure sur la capitale assiégée et je me demande encore comment nous avons pu passer à travers.
Nous rentrions ( et sortions bien sûr) 5 à 6 fois par semaine pour approvisionner les Bosniaques en charbon et en poêles à charbon artisanaux. J' avais pris l' habitude d' écouter le Requiem de Mozart sur mon walkman ( qui peut s' offrir une telle oeuvre pour son enterrement ?). La ville était dévastée , la moindre souche d' arbre attirait immanquablement plusieurs personnes qui tentaient de trouver de quoi se chauffer. Pour se procurer de l'eau seules quelques bouches d' incendie encore en état, étaient des points de regroupement qui procuraient des cibles faciles aux snipers qui blessent une première cible, et abattent sans pitié tous ceux qui tentent de se porter à son secours.( J' ai des images tournées à Sarajevo )
Entre autres choses l' une m'a surpris : tous ces gens "crevaient" de faim littéralement et il y avait de nombreux chiens errants. Dignes jusqu' au bout les Bosniaques se refusaient à tuer ces chiens qui autrefois avaient été leurs compagnons.
Sarajevo: mercredi 3 Mars 1993 extrait d' un rapport classé confidentiel à l'époque.
Je cite: "15h00 Nous sommes repartis , malgré les assurances données par les Bosniaques , nous sommes bloqués dans une zone à haut risque dans la proche banlieue de Sarajevo. 15h30: nous repartons, je suis dans le véhicule pilote ( je précise : Renault Espace ), derrière le 4X4 qui ouvre la route. Nous arrivons au blindé français qui surveille cette zone. Celle ci est exactement au milieu de Stup, le pire ( avec snipers avenue ) no mans land de Sarajevo. A notre grande surprise le blindé ne recule pas à notre vue ! La route reste coupée. Normalement les chauffeurs qui "font" Sarajevo toutes les semaines roulent au moins à 60k/h à cet endroit. Le chef de convoi: P.....(ici je rajoute : un très jeune homme de 22/23 ans bien trop jeune ) doit descendre de sont 4X4 pour aller demander au blindé de reculer afin d' ouvrir le passage. Environ 50/100 mètres plus loin , une balle traverse l'espace , tirée pratiquement dans l' axe du véhicule , juste au dessus du pare brise à 5 cm de la tête d'Ivan, du sang me coule sur le visage, je dis au chauffeur de continuer. 16h00: Nous apprenons par un blindé français que le reste du convoi été accroché. Pour ma part je sort de la voiture et Pascal, l'un des chauffeurs de Vitez ( ici il s'agit de moi )me lave le visage avec de la neige , j'ai été touché par plusieurs éclats.( Fin de citation) ( A partir d'ici je prends le récit à mon compte. ) La situation est hallucinante, personne ne sait quoi faire , le chef de convoi à abandonné sont véhicule qui, du coup, obstrue la route, il s'est porté en arrière à pied !!! La radio du bord amplifie le chaos, on parle de morts de blessés. Mike , le chauffeur Anglais de Vitez , me hurle aux oreilles qu' il faut aller sauver les autres en arrière. J' ai toutes les peines du monde à lui faire entendre raison : nous ne ferions que des cibles supplémentaires. Sans m'en rendre compte, je prends le commandement, légitimé par ma position de chauffeur "résident". J'ordonne à Amine, l'interprète qui se trouve avec moi( après m' être assuré qu'il savait conduire ) de dégager la route. Quelques instructions très simples et très brèves, pour retrouver le trajet sécurisé ( Tout droit , au rails tourner à GAUCHE , pas à droite ( Zone de combats ), ensuite première à droite et stop dès que possible pour attendre le reste du "demi" convoi. Nul ne conteste mon autorité , chacun remonte dans son camion et attends mes instructions. Je prends la tête du convoi et je mets tout le monde à l'abris quelques kilomètre plus loin. Nous sommes parqués depuis quelques secondes quand deux coups de feu résonnent très près, trop près... La panique n' est pas loin , des jeunes chauffeurs pleurent, impossible pourtant de commander le retour sur Vitez à travers une zone Serbe de plus, sans une autorisation claire d'un cadre de l'ONG responsable du convoi et du document de clearence. Je calme les chauffeurs et leur propose de se mettre à l'abris entre les camions.( Ici je me cite : " les balles passent à travers, mais au moins le tireur ne peut pas viser"). Mes mains tremblent, pas question de flancher, je fais le tour des camions et l' un des chauffeur me passe une bouteille de mauvais cognac local avec une sourire complice. Derrière , les militaires ordonnent aux chauffeurs d' embarquer le corps sans vie de Chantal. Ces gars ne sont que des gosses, complètement choqués, ils ne comprennent pas.( Ici je cite:" Si vous êtes des hommes, chargez le corps dans votre camion et repartez " .Fin de citation.) En fait un blindé Danois se chargera du corps et le reste du convoi repartira protégé par le rideau de fumée que les Danois ont mis en place. Bilan : 1 mort, 4 blessés dont 2 grièvement. Devant le comportement du chef de convoi ( je ne souhaite pas le nommer ) droit dans ses bottes qui m'annonce, (Ici je cite " t'as vu l' bilan ? un mort et 4 blessés..." fin de citation) pas un mot de regrets pas un mot pour celle qui y a laissé sa vie ... Rentré à Vitez, je m' autorise à péter un plomb et je lui passe une engueulade de première. Il faut savoir qu'au vu de son comportement pour l' entrée dans Sarajevo, je lui avait symboliquement remis les clefs de mon camion en lui disant que JAMAIS je ne referai de convoi avec lui, mais que , par conscience professionnelle , je ramènerai mon camion à Vitez. J' avait bien senti le vent , le drame qui est arrivé n' a été que la conséquence de l' incapacité du jeune à diriger un convoi en zone de combats. Approuvé par certains membres de l'ONG resposable du convoi, je lui remis, cette fois définitivement, les clefs de mon Bedford et je rentrai en France avec le reste du convoi. Quelques semaines plus tard, je contactai Première Urgence qui me missionna comme chef de parc dans un permier temps puis assez rapidement, comme chef de convois. 6 mois plus tard, je pouvais dire que je n'avais jamais perdu un homme ni abandonné un camion quelques furent les circonstances et elles furent nombreuses, comme cette fois à Gorni Vakuff où Joao à planté son camion dans la boue jusque l' essieu, juste dans un couloir de tir. Assez émotif , il bégayait et ne parlais que l'espagnol et la portugais. J' ai du le calmer avant de comprendre la gravité de la situation , par chance le char anglais qui fermait l' escorte étai resté sur place . Après avoir ordonné aux autres chauffeurs de ne pas bouger , je nommai Lionel à mon remplacement au cas où... et je retournai sur place. Avec l' aide du char nous allions sortir le camion du bourbier quand un coup de feu éclata, nous avons plongé à terre dans la boue et le tireur du char à tourné la tourelle en direction du coup de feu et je voyais ses phalanges blanchir de rage sur les poignées de la mitrailleuse... La dissuasion avait fait son effet et nous étions repartis, sans plus de problèmes.
En conclusion : dans cette guerre nous avons "vidé la mer avec une petite cuiller" mais si il fallait le refaire , je repartirais immédiatement car je reste persuadé que l' intervention des ONG à été le grain de sable imprévu qui à grippé la machine de guerre


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