Voile

Port Louis octobre 2002. Depuis juillet je prépare mon voilier "Freesail", mise à l'eau à Saint Quay Portrieux au début de septembre, après une révision de la liaison Coque/Quille,et quelques trous dans la coque pour la mise en place d'un WC neuf, installer le nouveau loch ( j' ai dû acheter pour 3500 € de matériel à ...Kernevel à côté de Lorient. En effet , j' ai contacté les deux chantiers de Saint Quay et là je me suis retrouvé au village d' Asterix! Impossible d' acheter le matériel électronique dont j' ai besoin ( Radar, loch/speedo, convertisseur 12 volts /220 volts pour alimenter le téléviseur et le PC portable du bord ). En effet les deux chantiers sont à couteaux tirés, pire même, le fusil n'est pas loin !!! Refus donc du chantier spécialisé en électronique, et devis délirant de la part du chantier où "Freesail" se trouvait quand je l' ai acheté. Du coup je me suis tourné vers Intership et, catalogue en main , j' ai pu commander tout ce qui était indispensable pour naviguer en solitaire. Seul le pilote automatique sera acheté d' occasion , il est parfait et en plus il a passé le Cap Horn, je le baptise "Albert". Il sera mon seul interlocuteur une fois en mer. Albert sera le bienvenu pour me libérer de la barre et vaquer à toutes les taches qui incombent à un solitaire : assurer la navigation ,(au début sur des cartes papiers, ensuite doublé par un programme informatique génial piraté par un ...gendarme maritime! Le monde entier sur un seul disque ), régler la voilure , faire un bon café ou me servir l' apéro à 19h00 pile ! Le radar aussi est fantastique car avec un peu d' habitude il est possible de voir arriver les grains à plus de 30 miles et de situer parfaitement les cargos qui utilisent "l'autoroute" du Golfe de Gascogne. Le tour de la Bretagne sera effectué sans vrais problèmes ( alignement du radar, moteur trop chargé en huile et qui refuse de s'arrêter...Mon copain Claude est venu pour m'aider dans ce convoyage et pour éviter de passer le Raz de Sein de nuit,nous avons contourné la Bretagne, ce qui m' a valu d'être réveillé par Claude qui me criait qu' il y avait un hôtel sur l'eau. Vérification faite, il s' agissait d'un ferry tout éclairé...
Départ de Port Louis le Mercredi 2 octobre , très tard, voire trop tard en saison pour traverser le Golfe de Gascogne et ses tempêtes destructrices. J' ai préparé mon bateau en conséquence , il peut se retourner sans dommages et le "saumon" ( le lest au bout de la quille ) est peint en orange fluo en cas de retournement je suis visible de loin. Je serai secoué par un coup de vent force 7 soit 35 noeud de vent, sans problème , le bateau assure un max .En quelques mois j'aurai fait escale au Portugal d'abord puis en Espagne, pour hiverner à Gibraltar.

Voici un extrait de mon journal de bord :"
00h00 Mardi 8 octobre 2002 ça commence par un grain , puis ça forci, j'ai pris deux ris avec difficulté dans la grand voile, Vitesse affiché : 6,6 noeuds ( J' ai pensé que le loch pétait une durite )2h00 j'ai du prendre le dernier ris dans la grand voile car Albert en perdait son latin! Poussé par ce coup de vent , je suis en vue de Viana de Castello vers 20h00, je verse les deux derniers litres de gazole plus ou moins dans le réservoir, la mer est très dure, les vagues sont hautes et cassantes, j 'adresse une prière au Bon Dieu, pourvu que le moteur ne me lâche pas au moment de renter dans le port ( l'entrée est à 90° ) et si je loupe le virage je m'éclate sur la plage un peu plus loin ! Je démarre le moteur , toussotements, fumée, quelques râles et puis rien . Le Bon Dieu n'est pas toujours en ligne. J' ai positionné une ancre sur le balcon arrière pour servir de frein à main au cas où . Deuxième essai : il démarre, mais je dois garder mon gazole pour l'entrée, je termine l' approche de nuit , et au dernier moment je démarre le moteur qui...part au quart de tour, voilà je suis à Viana de Castello, 639 miles depuis Port Louis , j' ai la qualification pour m' inscrire dans n' importe quelle course... et j'ai tutoyé un énorme cachalot , un oiseau fatigué s' est posé sur ma main,les dauphins m' ont accompagné au départ et à l' arrivée, ils sont les anges gardiens du solitaire. Du bonheur, du vrai, du fort.


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